« Dispersion ». HORTUS 719. TT : 73’28. Un album qui porte bien son nom « Dispersion » attestant ainsi de la variété des différents courants esthétiques musicaux coexistant en cette période troublée de la Grande Guerre où le conflit mondial majore sans doute la création artistique et la multiplicité des témoignages. Certains compositeurs utiliseront un langage regardant, avec nostalgie, vers les temps plus anciens, d’autres useront d’un discours résolument moderne tourné, avec espoir, vers l’avenir. Certaines œuvres n’ayant finalement que peu de rapport avec la guerre, d’autres à l’inverse portant un vibrant aveu de détresse exprimé par des musiciens touchés dans leur chair comme Louis Vierne. Véritable mosaïque qui parle de l’homme face au conflit, ce disque regroupe cinq compositeurs. Erwin Schulhoff (1894-1942) dont les Fünf Grotesken (1917) se présentent comme un court manifeste anti-romantique écrit par un compositeur profondément engagé dans la modernité musicale et politique. Paul Hindemith (1895-1963) compose ses Träume und Erlebnisse au lendemain de l’armistice et tente, ici, d’établir un nouveau cadre créatif, orientation que son œuvre à venir confirmera plus tard avec éclat. Alfredo Casella (1883-1947) écrit le petit triptyque Inezie en 1918, portant des stigmates ravéliens tout en témoignant de ses importantes recherches entamées avant guerre. Raymond Moulaert (1875-1962) est une découverte, sa Sonate semble hors du temps, charmante comme oublieuse de la guerre. Saint-Saëns, Fauré, Debussy y apparaissent en filigrane. A l’inverse Le Glas de Louis Vierne (1870-1937) exprime toute la souffrance du deuil et la déploration d’un homme marqué au plus profond de sa chair par la mort de son fils au front. Encore un bel album de cette intéressante collection à qui l’on doit nombre de découvertes et curiosités, comme toujours magnifiquement interprétées : Steven Vanhauwaert ne déroge pas, ici, à la règle. A découvrir absolument !

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